5 raisons de douter d’Instagram, Facebook & Co.
Figurez-vous que l’autre jour en me levant, j’ai la subite envie de publier une image sur Instagram. Ce genre de besoin ne me prend pas souvent. Il m’a démangé une dizaine de fois tout au plus depuis la création de mon compte en 2017. Bref, je me soulage en téléchargeant mes Coraux de Navirus ; et je profite de cette exceptionnelle visite pour jeter un coup d’œil sur le fil d’actualité (la notification permanente n’étant pas ma tasse de thé, je suis rarement au parfum de ce qui se propage sur les réseaux sociaux).
Là, je tombe des nues. Ou plutôt sur des dizaines de selfies du genre Thaïlandaise modèle Phuket by night aux formes surnaturellement disproportionnées par rapport à la taille de son bikini – je vous fais grâce des détails cosmétiques, ou du type motard bodybuildé façon quatre cylindres en V reluisant ses mécaniques à l’huile essentielle de vidange. Rien de bien choquant, me direz-vous, en comparaison des clichés et vidéos olé olé qui circulent de nos jours. Mais tout de même un tantinet curieux : comment ces créatures de cauchemar sont-elles arrivées là ?
Une autre découverte, de taille, me laisse encore plus coi. Je m’aperçois que le nombre de mes abonnements (1320) est disproportionné à côté de celui de mes abonnés (24). Comment se fait-ce qu’une foule d’inconnu·e·s, plus indésirables les un·e·s que les autres, ait pu s’immiscer dans mon petit espace privé ? Plusieurs témoignages rapportés par Google m’informent que je ne suis pas la première victime d’une intromission dans son intimité.
Argh ! Mitou ! Ni une ni deux, je troque mes vieux mots de passe pour des listes aléatoires d’au moins 18 caractères. Cette mesure de sécurité prise, je me lance dans la suppression manuelle des 1296 malotru·e·s que je veux éliminer dare-dare et au plus vite. Mais je n’y parviens pas.
Lorsque je clique pour me désabonner d’un contact, une alerte m’indique que l’action est impossible et que mon compte est bloqué au motif que j’aurais utilisé une application tierce aux fins d’obtenir plus de « j’aime ». Trop fort ! J’aimerais donc à ce point être abusé ? Devenu à moitié chauve à force de m’arracher les cheveux, je signale mon problème à Instagram ; qui ne réagit pas.
Deux jours plus tard, je formalise une nouvelle requête. Aucune réponse. J’ai toujours 1296 intrus·es sur les bras, dont je ne peux me débarrasser. L’invasion parasitaire est insupportable. Je décide de supprimer mon compte de cette filiale de Facebook et dans la foulée de tirer ma révérence à l’empire du même nom, au grand dam de ses 2,5 milliards de fidèles.
Le seul moyen d’enrayer une contamination mondiale n’est-il pas de s’imposer un confinement total ? Allez, une dernière poignée d’élucubrations et le capricorne qui s’énerve en moi fermera sa face de bouc.
Après avoir lu cet article d’Aurélien Boutaud, chercheur associé à l’UMR Environnement Ville Société du CNRS, ma face de bouc était à cinq doigts de quitter un réseau à « la pointe d’un système basé sur la surconsommation et la surproduction ». Lire l’article dans Libération
« Il ne peut pas y avoir de monarchie dans les planètes, parce qu’elles accomplissent toutes une révolution. »
Sceptique quant à la capacité des GAFAM de réduire leur empreinte carbone, ma face de bouc était à quatre doigts de se débrancher d’un réseau qui en 2018 consommait déjà, à lui tout seul, autant d’électricité qu’un pays comme le Sénégal. Lire l’article dans Le Monde
Sidérée d’apprendre qu’une amende de 5 milliards de dollars puisse faire grimper, bien au-delà de ce montant, la valeur boursière d’un réseau condamné pour « violation de la privée de ses utilisateurs », ma face de bouc était à trois doigts de rompre ses relations avec cette organisation que même l’état le plus puissant du monde ne peut maîtriser. Lire l’article dans Le Parisien
Soucieuse de préserver a minima sa confidentialité digitale, ma face de bouc était à deux doigts de s’éloigner d’un réseau qui surveille, enregistre, analyse, exploite, le moindre de ses faits et gestes. Lire l’article dans Marianne
Ma face de bouc n’est plus qu’à un doigt d’exprimer au plus génial manipulateur de réseaux qui soit le fond de sa pensée. Lire l’article dans L’Expansion
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