Il est de ces artistes raffinés qui ne peuvent s’empêcher de transformer ce qu’ils voient, ce qu’ils trouvent ou ce qu’ils touchent, en éclats de beauté. De transmuer toute chose en une plus grande délicatesse.
Pierre-Guillaume Vuillecard aime les fleurs. Celles qu’il cueille à la campagne où il a longtemps habité, comme celles qu’il achète soigneusement sur les marchés. Il prend un long temps de plaisir à composer ainsi des bouquets ou des natures mortes, selon les couleurs, leur grain, le velouté des pétales, les singularités des tiges, le graphisme des feuilles. Il accommode, il compose un peu à la manière de l’art des ikebanas japonais, attentif à la loi intérieure qui se dégage de son humeur mais aussi des étapes suivantes qu’il imagine en amont.
En effet ses compositions florales extrêmement étudiées vont être photographiées maintes et maintes fois. Travaux de patience, moments de grâce. Puis vient le temps du photographe-technicien qui va œuvrer à l’aide de tous les pouvoirs magiques de Photoshop. Cadrages infinis, on rogne, on découpe, on soulève puis on superpose les fins calques comme de fines pâtes feuilletées, on allège, on raffine, on peaufine l’accumulation de tous ces dermes construits en couches éclatées de photos empilées.
On obtient une nouvelle peau. Une peau faite de lumière, exaltant comme jamais la lumière. Une sorte de vitrail léger et tendre, à la fois évanescent et iridescent. On devine quelques gemmes fluorescentes comme les éléments qui explosent dans un kaléidoscope un peu givré. Est-ce un ciel constellé de fleurs en éclosion, en explosion, observé à travers les cils mi-clos d’un abandon à une chaude sieste estivale ? Ou peut-on au contraire y reconnaître quelques brindilles incrustées, un entrelacement de petits morceaux de corolles, de nervures encore feuillues, de quelques éléments végétaux qui se seraient cristallisés, enfouis au fond d’un lac gelé ?
On songe à la surface de ce ruisseau empli d’algues fines, de mousses et de pétales, traversée langoureusement de transparences et de tressaillements, là où flotte et dérive Ophélie, l’amoureuse de Hamlet. Les tableaux miroitants aux coloris infusés et tendres de Pierre-Guillaume Vuillecard dégagent la poésie douce d’une lente désagrégation.
Un chant à la dissolution voyageuse, celle qu’on appelle rêverie.



